Elections 2022
Deuxième tour de la valse prédientielle
L'élection présidentielle ne libère pas le peuple; elle la formule. Elle ne fait pas parler la souveraineté; elle lui prête une voix, puis la lui retire.
On appelle cela choisir. C'est le plus souvent consentir. Non à ce que l'on veut, mais à ce que le système a déjà rendu probable.
Le examen majoritaire à deux tours ne recueille pas la volonté; il l'éduque à renoncer. Dès le premier tour, l'électeur n'exprime plus une préférence ; il anticipe une élimination. Il ne faut pas voter pour; il vote contre, ou par précaution.
Le second tour ne corrige donc pas le premier. Il le commande. Il n'en est pas l'issue ; il en est déjà la loi secrète.
On invoque l'équité. Mais l'équité n'est pas l'égalité. C'est l'inégalité devenue raisonnable, la hiérarchie devenue acceptable, le privilège corrigé pour mieux durer.
Aristote a fait de l'équité la rectification du juste légal. Transposée dans le champ électoral, elle devient souvent la rectification de l'égalité elle-même. On ne traite plus tous les candidats de manière égale ; sur les mesures à leur poids supposé. Autrement dit, on ratifie sous couleur de justice ce que la puissance a déjà distribuée.
Les « petits candidats » ne sont pas petits. Ils sont rapetissés. Ce n'est pas la nature qui les diminue ; c'est l'ordre politique qui les expose moins, les crédite moins, les fait comparer en état d'infériorité.
Ainsi l'inégalité ne vient pas après la compétition. Elle la précède. Elle en règle la scène, en distribue la lumière, en désignant les figures plausibles.
On parle alors de libre choix. C'est oublier que la volonté n'est jamais nue. Elle est prise dans les peurs, les intérêts, les signes de prestige, les dépendances, les anticipations, les passions tristes et les espérances fabriquées.
Spinoza l'avait vu : les hommes se croient libres parce qu'ils connaissent leurs actes et ignorent les causes qui les déterminent. L'élection présidentielle est l'un des sanctuaires de cette ignorance. On y baptise souveraineté ce qui n'est souvent qu'une détermination méconnue.
Le parrainage lui-même n'échappe pas à cette servitude. On le dit libre parce qu'il est légal. Mais la légalité d'un acte ne garantit jamais son indépendance réelle. Une volonté enchâssée dans les réseaux, les intérêts, les protections et les dépendances locales n'est pas une volonté souveraine ; c'est une volonté située, donc exposer, donc contrainte.
Le vote blanc, à son tour, révèle la vérité du système. Il est un acte positif : présence du citoyen, refus du choix, affirmation sans adhésion. Il dit : je participe, mais je ne consens pas.
Or ce refus, le système le reconnaît pour mieux le neutraliser. Il l'enregistre, mais ne le laisse pas agir. Il admet le geste, puis lui retire l'effet.
Toute la logique représentative est là. Faire place à l'expression, mais à la condition qu'elle ne dérange pas le résultat. Reconnaître la négation, mais à la condition qu'elle ne compte pas.
Dès lors, la sincérité juridique du vote ne suffit pas à en faire la vérité politique. Un résultat peut être régulier sans être plein. Il peut être valide sans être total. Il peut désigner un vainqueur sans manifester une volonté collective entière.
Il faut donc parler distinctement. L'élection présidentielle n'est pas l'accomplissement de la démocratie. Elle est son économie de pénurie : peu de noms, peu de voix légitimes, peu de possibles, puis l'ordre donné à chacun d'appeler cela la liberté.
L'élection présidentielle ne demande pas au peuple ce qu'il veut. Elle lui demande ce qu'il est prêt à abandonner pour qu'un pouvoir puisse parler en son nom.
Le pêne de ma serrure
Mackron
Législatives
À ma droite, KIM MA KRONG, Phare-de-toutes-le-Nations, patron des Macronars. Macronchenko, ancien associé gérant de la banque Rothschild, ancien rapporteur de la Commission Attali ancien ministre de l’économie de l’andouille. C’est Macron himself, le président de la Vème République le plus méprisant, insultant et irrespectueux envers les gens de peu, le psychopathe qui parle comme OSS117 sous cocaïne.
A ma gauche, Méluche, le carriériste qui nous a donnés, après s’être abonné aux délires intellectuels de Mouffe et Laclau, « La France Insoumise ». Adopter la lettre Phi φ comme symbole de campagne, φ comme sagesse philosophique, comme symbole d’harmonie (le nombre d’or 1,61) … Fallait y penser… Mélenchon n’est pas un révolutionnaire : « C’est quand même incroyable de voir qu’on passe pour un révolutionnaire quand on est simplement keynésien. »( lundi 17 octobre 2013 sur France Info). Cet ex « jeune » sénateur avait présenté le Traité de Maastricht comme « un bon compromis de gauche ». Et le même de préciser, le 9 juin 1992 : « Demain, avec la monnaie unique, cette monnaie unique de premier vendeur, premier acheteur, premier producteur, représentant la première masse monétaire du monde, l’Europe sera aussi porteuse de civilisation, de culture, de réseaux de solidarité. »
Ce clivage gauche/droite a perdu l’essentiel de son ancienne signification historique, pour ne plus recouvrir ce que Guy Debord appelait déjà, en 1967 dans La société du spectacle, « les fausses luttes spectaculaires des formes rivales du pouvoir séparé ».
Je ne participerai à aucune recomposition sociale, surtout pas se déclarant pour la circonstance électorale et financière du moment « Nouvelle Union Populaire Ecologique et Sociale ». Ce qui n’obère pas ma capacité de mobilisation dans les luttes actuelles. Gilet Jaune et anarchiste, je le suis et le reste.
Souvenons-nous de la claque électorale de 2002, en réponse à la mise à sac des droits du peuple par le gouvernement de « gauche plurielle » de Jospin : stratégie de Lisbonne, accords de Barcelone (ouvrant la voie de la réforme du Code du travail et de celle des retraites), loi de démolition programmée de la fonction publique (LOLF), record de privatisations de l'époque… en contrepartie d’une réduction du temps de travail. C’est encore la création du « délégué du procureur », en méprisant le respect du principe du contradiction dans toute procédure judiciaire, ou celle du refus de signer et de ratifier le protocole additionnel 12 à la à la Convention de sauvegarde des Droits de l'Homme et des Libertés fondamentales, étendant le champ de l’interdiction de la discrimination. Jamais, Méluche ne s’y est opposé !
Cette « gauche de connivence libérale » contribue surtout à renforcer (consciemment ou non par la thématique de la double pensée) l’emprise idéologique et matérielle d’un système économique dédié à l’extension indéfinie de la valeur d’échange dans tous les domaines des activités humaines. Cette « nouvelle gauche plurielle » prétend, aujourd’hui, vouloir libérer le Travail du Capital, comme si les deux termes d’un même processus d’exploitation pouvaient exister l’un sans l’autre ! Le travail ne pourra jamais s’opposer au capital comme sa négation, par ce qu’il n’est que son affirmation identique. En faisant du travail une action supposée émancipatrice, on reste complétement dans le capitalisme et sa substance même. Comment prétendre combattre le désastre écologique tout en se gardant de dire un seul mot de cette dynamique d’illimitation qui définit de façon structurelle le mode de procédure capitaliste.
Dans le livre de Sebastian Haffner, Allemagne 1918, Une révolution trahie, on voit le peuple allemand souscrire jusqu’à l’absurde, jusqu’au déni de réalité le plus radical et le plus suicidaire, à sa croyance aveugle en la social-démocratie, en ses formes et en ses représentants. Faut-il suivre leur exemple ?
" This is the way the world ends, not with a bang, but a whimper " ( T.S Eliot, the waste land ) Voilà comme le monde s'achève, non pas dans un grand BOUM, mais dans un gémissement ...
Le changement viendra de la réalité vécue par chacune et chacun, et non uniquement du monde des idées. Si les idées sont aussi indispensables au changement qu’à la réalité vécue, ce qui est essentiel, c’est que la réalité vécue à tel moment ait l’imagination des idées qui lui sont propres. Pas d’un monde préalable d’idées rassises couvées par des idéologues… « Le duc Houan lisait un livre. Le charron qui travaillait à sa roue en bas des degrés monta le trouver. “Que lisez-vous ? – Les paroles des saints. – Sont-ils vivants ? – Ils sont morts. – Alors, ce que vous lisez, ce sont leurs déjections.” » (Tchouang-tseu, XIII, p.114].
Un des points passionnants du mouvement des Gilets jaunes aura été de prouver que, pour une partie d’entre elles, les masses « incompétentes » ne croient plus du tout en la compétence des élites. Les hommes sont en fait tous déraisonnables, ce qui les rend sinon libres, du moins égaux entre eux[1]. Le rejet des politiciens, des médias du parti pris, des partis opportunistes et des syndicats réformateurs est une avancée incontestable dans l’amorce d’une déconstruction de ce monde agonisant, même si ces charognards attendent une revanche sur le bord de la route.
Mais ce que certains Gilets jaunes ne semblent pas avoir clairement discerné, c’est que le système économique , et la démocratie représentative à son service, est pourri dans sa totalité, et qu’il est absurde de continuer à miser sur lui pour quoi que ce soit. Les inégalités sociales et de genre sont l’essence du capitalisme ; ce n’est donc pas en ayant recours à des institutions qui sont les outils du capitalisme qu’ont les supprimera.